Le groupe continuait de suivre Bomder, lui-même secondé par Tarek qui l’avait rejoint pendant la marche. Kesna en avait appris encore plus sur l’histoire du monde Géros.
Tarek souleva un sourcil et regarda Bomder discrètement, l’air interrogateur, mais cela n’échappa pas à la vigilance de Kesna qui retint et garda en mémoire cette incertitude du jeune homme.
– Bon, se leva soudainement Kesna.
– Tu fais quoi ?, interrogea Misaka.
– On va pas crécher dehors, si ?
– C’est exact. Allons dans le meilleur, et le seul, hôtel du royaume, indiqua le jeune homme aux cheveux blancs.
– On te .. suit .., dit Yumi, timidement.
Bomder entama la route, suivit des autres membres du groupe. Tarek le rattrapa à vive allure, ce que la jeune rousse remarqua. Ces deux-là lui cachaient quelque chose, mais quoi ?
– Psst, Bomder ! Pourquoi tu n’as pas avoué le nom de la jeune femme qui a mit fin à la Grande Guerre ?
– Tu sais très bien pourquoi. Personne ne se souvient de son nom.
– Tu peux pas me mentir mec. Quelle est la raison pour laquelle tu n’as pas dit son nom, et en entier ? Elle a le droit de savoir pour sa mère.
Bomder s’assombrit, mains dans les poches de son sweat-shirt, marchant toujours.
– Non. En aucun cas elle doit l’apprendre. Cette jeune fille pense que sa mère est décédée et c’est mieux ainsi. Imagine un peu la scène si Leïa revenait, là, maintenant ? Non seulement, je meurs de sa main dès son apparition, mais en plus, je ne pourrai pas devenir le Dieu Unique à cause d’elle. Je préfère attendre et utiliser sa fille à mon avantage. Tu crois pas que tout sera plus simple une fois que je serai devenu Dieu Unique ?
– Si, je suis d’accord mais ..
– C’est non, Tarek, réaffirma-t-il en haussant légèrement la voix puis en chuchotant de nouveau. Elle doit pas l’apprendre et Leïa ne doit pas revenir, c’est tout.
Le jeune homme aux cheveux bicolores soupira.
– Comme tu veux … Mais je persiste à penser que quitte à lui mentir sur certains points, elle doit savoir pour la Première Princesse.
– Cette discussion est terminée.
Bomder s’arrêta devant un grand bâtiment à moitié en ruines mais étonnament, ayant gardé une certaine prestance, restait prestigieux et se retourna vers le groupe.
– Nous y voilà ! Voici l’hôtel Mimosa. C’était l’hôtel le plus prestigieux et luxueux du royaume avant la Grande Guerre. Je vous en prie, entrez donc, s’exclama-t-il, s’inclinant comme un majordome.
Le petit groupe entra dans la majestueuse bâtisse décrépie et effondrée. Tout le monde fut stupéfait de constater que l’intérieur était vraiment spacieux. Un tapis rouge avec des bordures dorées allant de l’entrée à l’accueil leur ouvrait les bras, malgré les nombreuses pliures et déchirures dûes aux débris de la Grande Guerre. De grandes colonnes de pierre taillée tenaient la partie haute du bâtiment, malgré que certaines étaient tombées et cassées en plusieurs morceaux, vestiges centenaires.
– Wow !, s’exclama le groupe dans son intégralité, toujours en excluant Bomder et Tarek, qui connaissaient déjà le lieu, comme à leur habitude.
Il était difficile de savoir combien de temps ils avaient passé dans le monde Géros. Bomder depuis la création, comme tout le monde le savait, mais concernant Tarek, à part le jeune Dieu Elémentaire et lui-même, personne n’était renseigné. Et personne n’osait demander. Le groupe savait seulement que Tarek fut le premier arrivé dnas le monde Géros depuis le monde Illusoire.
– C’est énorme !, s’excita Misaka, émerveillée. Combien y a de chambres ?
– Très honnêtement, on a pas cherché à les compter. On a juste cherché un endroit où dormir, c’est tout, avoua Tarek.
– Ouais enfin, c’est toi qui avait besoin de dormir. Je te rappelle quand je n’en ai pas besoin.
– Pas besoin ?, s’interrogea Yumi. Tu veux dire … que tu ne dors jamais ?
– C’est ça. En tant que Dieu Élémentaire, je ne ressens pas le besoin de dormir. Même en étant un Dieu Déchu, ce privilège est encore effectif. Et j’en suis bien content, même si je me demande à quoi peuvent bien ressembler les rêves …
– C’est clair que c’est cool. Mais bon, j’aime bien mon existence humaine, même si les humains sont naïfs et ignorants, déclara Kesna, froidement, en se dirigeant vers une chambre de l’hôtel.
– Hé ! ‘Tite soeur ! Qu’est-ce que tu as ?, demanda Misaka en se lançant après la jeune rousse, entrant à son tour dans la chambre.
– K.. Kesna ?, s’interrogea Yumi, timidement.
– Qu’est-ce qu’elle a ?, pensa Tarek. Cela concernerait notre discussion avec Bomder ? Elle nous aurait entendu ?
Tarek jeta un regard pensif à Bomder, qui a regardé la scène avec attention. Ce dernier remarqua le visage du jeune homme aux cheveux bicolores qui lui fit un « Non » discret de la tête.
– Bon !, s’exclama-t-il. C’est pas tout ça, mais vous devriez aller vous reposer. Si des Roshers se présentent maintenant, je pense pas que vous seriez en état de combattre.
Ce qu’il venait de dire était loin d’être faux, et pour preuve, à tour de rôle, Yumi et Tarek se mirent à bailler à s’en décrocher la mâchoire.
– Allez-y, ne vous faites pas prier. Je reste dans le hall pour surveiller. Prenez une chambre pas trop éloignée si il y a un soucis. Bonne nuit à vous.
– Bonne nuit mec !
– Merci .. Euh .. Bonne … Bonne nuit.
Les deux jeunes gens se dirigèrent chacun vers une chambre différente, pas trop éloignées de l’entrée, tandis que Bomder regarda à nouveau en direction de la chambre des deux belles-sœurs, l’air sombre.
– Je ne peux pas me permettre de lui dire. Désolé ma grande, mais il ne faut pas que ta mère vienne me mettre des bâtons dans les roues. Pas maintenant que je t’ai amenée ici, pensa-t-il.
Kesna s’était assise sur le lit de la chambre, les jambes dépliées et adossée au mur derrière elle. Elle avait baissé la tête, l’air sombre et pensive. Misaka, qui l’avait rejoint et s’était assise à côté d’elle de la même manière, le bras droit derrière la tête, la regarda. Elles étaient plantées ainsi plusieurs minutes avant que Misaka brise le silence.
– Kesna ?
Aucune réaction ne se fit sentir.
– Qu’est-ce qui ne va pas ?
Misaka remarqua un petit air agacé sur le visage de Kesna, toujours à moitié visible.
– Si même moi je peux pas te faire décrocher un seul mot, personne ne va réussir. Je te laisse te reposer, on en reparle plus tard quand tu seras détendue. Je vais dans la chambre d’à-côté.
Elle se leva et sentit une main l’attraper soudainement. Elle se retourna et vit le bras de Kesna tendu, lui agrippant le bras.
– Dis Misaka … Tu crois que maman … est encore en vie ?
– Kesna ? Qu’est-ce qui te …
– Réponds-moi, la coupa-t-elle, toujours la tête baissée.
Misaka fut surprise que la jeune rousse lui demande cela. Après toutes ces années passées, elle pense à sa mère seulement quand elle ne fait plus partie du monde Illusoire. Elle se retourna et baissa la tête également.
– Je … Je ne sais pas petite sœur. Je le souhaite énormément. Elle était comme ma mère, tu le sais bien. J’aimerais vraiment qu’elle soit encore parmi nous. Mais cela fait 13 ans maintenant. Je pense qu’en 13 ans, si elle était encore parmi nous, on aurait eu un signe.
– Si elle pouvait pas nous en envoyer ?
Misaka se tourna subitement, surprise.
– Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Si elle était dans un autre monde, pendant tout ce temps ?
– Tu penses que …
– .. Que maman est là, quelque part, affirma-t-elle en relevant la tête, l’air décidé.
Misaka s’enleva de son emprise et reprit:
– Mais, Kesna, comment cela serait possible ? Je veux dire … Leïa a disparu du jour au lendemain dans le monde Illusoire. Comment peux-tu être aussi sûre qu’elle ….
– Tu vois ce que je veux dire ?
– Elle a disparu du jour au lendemain et elle a toujours eu une forte personnalité. Maintenant que j’y pense, le peu qu’on sait d’elle colle parfaitement à la jeune femme qui a arrêté la Grande Guerre mais quelque chose bloque: La Grande Guerre a eu lieu il y a cent ans maintenant. Leïa ne peut être aussi âgée, à moins que …
– A moins que le temps s’écoule différemment. T’as pas remarqué ?
– Remarqué quoi ?
– Le temps qu’on a mis de la sorte de temple jusque là, ça te dit rien ?
– Le bâtiment d’Herzangod et l’hôtel Mimosa ? Et les bâtiments alentours ? Hum …
Misaka eut un moment de réflexion avant de s’exclamer soudainement:
– Mais c’est … !
– Oui, le sanctuaire est où y a le château royal, et l’hôtel est à l’autre bout de la ville. Mais en temps normal, on aurait mis deux heures à peu près.
– Je vois où tu veux en venir. Cent ans dans le monde Illusoire équivaudrait à quelques mois ici.
– Oui. Je pense que maman vient d’ici. Ce doit être elle qui a absorbé le Néant et arrêté Voïdas. Ce que je ne comprends pas par contre, c’est pourquoi elle nous a abandonné..
– C’est lié au pouvoir du Néant qu’elle a absorbé, intervint une voix, connue des deux jeunes filles.
Kesna et sa demi-sœur se tournèrent d’un coup vers l’entrée et virent Tarek, qui ferma la porte.
– Qu’est-ce …
Misaka n’eut pas le temps de finir sa phrase que Tarek s’était comme téléporté devant elle et lui bloquait la bouche avec la main. Kesna était étonnée de voir Tarek subitement devant Misaka.
– Tais toi, je ne sais pas si Bomder m’a remarqué, chuchota-t-il.
Quelques instants plus tard, étant sûr qu’il n’avait pas été suivi, Tarek enleva sa main et continua, tout en chuchotant:
– Ecoutez, il ne faut pas que Bomder vous surprenne entrain de parler de cela, c’est compris ?
– Pourquoi ?, demanda Kesna. Si ma mère est encore en vie, je dois la trouver ! J’ai beaucoup de questions !
– Je sais Kesna. Et je vais répondre à certaines de celles-ci. Mais avant, assis toi Misaka.
La jeune femme l’écouta, se rasseyant sur le lit pendant que Kesna se redressa, toujours adossée au mur.
– Ecoutez, vos suppositions … sont vraies.
Les deux jeunes femmes restèrent stoïques à cette annonce.
– Leïa est bel et bien la femme qui a mis fin à la Grande Guerre il y a cent ans et le temps s’écoule bien différemment dans le monde Géros. Pour être honnête, passer deux jours ici équivaut à vivre deux mois dans le monde Illusoire.
– Pourquoi cette différence d’écoulement dans le temps ?, demanda Misaka.
Kesna restait toujours froide vis-à-vis de Tarek, le fixant simplement pendant ses explications.
– Pour que l’humanité oublie la tragédie de la Grande Guerre dans le monde Illusoire. Plus le temps passe et plus une tragédie comme celle-là tombe dans l’oubli. Personne ne veut en garder un souvenir.
– Je comprends mieux. Mais concernant Leïa ?
– Leïa est la jeune femme née sans affinité élémentaire, dans le monde Géros. C’est elle qui a absorbé le pouvoir du portail du Néant en plongeant dedans, le corps tout entier. C’est également elle qui en est revenue et qui a éliminé tout les monstres sorti de là, tout en mettant un terme à la folie de Bomder. Oui, c’est ta mère qui a arrêté la Grande Guerre, Kesna et qui a disparu du jour au lendemain. Cependant, elle n’a pas vraiment disparu comme vous l’avez supposé. En vérité, Leïa s’est exilée. Elle a jugé le pouvoir du Néant beaucoup trop puissant. Pour preuve, à peine revenue du Néant par le portail, elle n’a pas eu à bouger pour exterminer toutes les créatures à travers le monde. A moins qu’elle n’ait été trop rapide pour qu’on la voie bouger, mais à travers le monde, personne ne pourrait être aussi rapide.
Kesna sentit des larmes monter.
– Mais alors … Maman …
– Ta mère n’a pas disparu Kesna, elle est bel et bien vivante. Et elle est ici, dans le monde Géros.
Kesna sourit à cette annonce. Elle regarda Tarek, les larmes coulant sur ses joues, souriante:
– Merci Tarek.
– Je t’en prie. Mais surtout, ne dites pas à Bomder que vous savez pour Leïa, c’est d’accord ? Je ne vous ai rien dit.
– D’accord, acquiesça-t-elle, émue.
– Je vous laisse, avant que Bomder ne remarque que je me suis déplacé.
– D’ailleurs, comment t’as …
Le jeune homme posa son index droit sur la bouche de la jeune rousse.
– Ça, c’est une autre histoire.
Et il disparu.
– Hé bien … On peut dire qu’il sait rester mystérieux et faire la part des choses, dit Misaka, enlaçant Kesna.
Cette dernière posa sa tête sur la poitrine de sa sœur.
– Oui, mais il a confirmé ce que je pensais, avoua-t-elle, s’essuyant les larmes.
– C’est tellement pas dans ton habitude de pleurer et d’être joyeuse ‘tite sœur. Ça me fait plaisir !
Elle posa une main sur la tête de Kesna et commença à la caresser doucement.
– C’est vrai, dit-elle en finissant de s’essuyer les larmes, se redressa et redevint sérieuse. Mais pourquoi ce salop veut pas que je sache pour maman ? Je lui fais pas confiance.
– C’est vrai que c’est bizarre. Tu penses qu’il sait où elle est ?
– C’est sûr. Il a pas dû abandonner son but. Mais quelque chose – ou quelqu’un – doit l’empêcher de reprendre où il s’est arrêté. Si ça l’empêche de continuer, on peut le surveiller. Il nous fera rien.
– Tu n’as pas tort. Restons à l’affût quand même. Bon, allons dormir.
– Oui, dit-elle en baillant. Je suis crevée.
– Bonne nuit ‘tite sœur.
– Reste avec moi cette nuit. C’est la première fois que je dors ailleurs et sans Burt, j’ai besoin de quelqu’un que je connais.
Misaka se mit à rigoler légèrement.
– Hé ! Rigole pas !
– Mmppf ! Désolée !, dit-elle en se ressaisissant. Je veux bien rester si c’est ce que tu veux.
– Merci …, réussit à peine à articuler Kesna, s’endormant sur le lit, Misaka à ses côtés.
– Il ne lui aura pas fallu longtemps. Elle a eu beaucoup à encaisser aujourd’hui.
Misaka remonta la vieille couverture usée du lit sur la jeune rousse.
– Repose toi bien ma belle. Tu l’as mérité.
– Mer … ci …, marmonna-t-elle endormie.
Misaka se coucha à côté et s’endormit, prenant Kesna dans ses bras au passage.
Alors que les deux jeunes femmes s’endormirent, une ombre passa à leur fenêtre, les observant.
– Elle est là. Ah ! Ma belle Kesna. Apprends vite à te servir un minimum du Néant, tu risques d’en avoir besoin.
Une aura verte entourait l’ombre.
– Hé ! Qui t’es toi ?, intervint une voix.
– Hum ?
L’aura verte disparu, l’ombre se tourna en direction de la voix et vit Bomder.
– Tiens tiens, Voïdas. Comment vas-tu depuis tout ce temps ?
– Comment connais-tu mon véritable nom ? Beaucoup trop peu de gens le connaissent ici. Et vu que plus personne n’habite ici à part …
– Hé hé hé … Tu es long à la détente dis donc. Tu te ramollis avec le temps, Dieu du Vide.
– Je pourrais te dire la même chose, saleté de coup de vent. Oh pardon, c’est Ventus, c’est ça ?
– Hé hé. Non désolé pour toi. Je ne suis que son représentant.
L’inconnu sorti de l’ombre et dévoila un visage vieux et fatigué, malgré des yeux pétillants de malice.
– Je me présente: Je m’appelle Frot. Je suis le représentant de Ventus, Dieu du Vent.
Après toutes ces révélations, notre héroïne a bien mérité du repos. Leïa est encore en vie, mais où se trouve-t-elle ? Veille-t-elle sur sa fille ? Quant à Frot, qui est-il vraiment ?